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En
résumé...
La richesse d’un
site est constitué d’une liste d’espèces
rares, mais aussi d’une diversité qui en fait une
mosaïque de situations favorables à un grand nombre
d’espèces. Dans le domaine des champignons, sans
doute plus qu’en botanique, on peut raisonner en terme de «
potentiel », en suggérant qu’un milieu
équilibré hébergera la plupart des espèces
qui lui sont théoriquement associés. L’hypothèse
sous-jacente : certains champignons sont très fortement
liés à certains milieux, et peuvent décrire
les conditions édaphiques ou climatiques plus finement que
ne le font les végétaux. Le tout étant de
les inventorier en relevant la présence des sporophores
lorsqu’ils apparaissent.
Que fait P.-A. Moreau dans les tourbières
?
Avant tout, il fait une thèse de
doctorat (1999-2001) à l’Université de
Savoie, laboratoire de Dynamique des Ecosystèmes
d’Altitude (Le Bourget-du-Lac, 73).
Directeur :
Pr. Jean-François Dobremez, L.D.E.A., Université de
Savoie
Collaborateurs principaux : Pr. Régis
Courtecuisse, Université de Lille; Dr. Olivier
Manneville, Université Joseph Fourier, Grenoble
Organismes associés : A.V.E.N.I.R.
(Grenoble, 38) Conservatoire des Sites Naturels de Savoie (Le
Bourget-du-Lac, 73) Entente Interdépartementale de
Démoustication (Chindrieux, 73) Office National des
Forêts (Chambéry, 73) Société
Mycologique et Botanique de la Région Chambérienne
(Chambéry, 73) Fédération Mycologique
Dauphiné-Savoie (Ville-la-Grand, 74)
Idée
générale.
Les champignons
supérieurs, souvent négligés dans les
inventaires floristiques des milieux naturels, possèdent
une forte valeur indicatrice des milieux où ils vivent.
Leurs modes de vie (parasites, symbiotiques, décomposeurs),
leurs exigences écologiques souvent très
spécifiques et leurs rôles nombreux au sein du
réseau trophique permettent à la fois de les
considérer comme de bons descripteurs du milieu et comme
des indicateurs de l'évolution ou d'une modification
éventuelle du milieu. Les tourbières françaises
ont déjà fait l'objets de travaux de recherche axés
sur les champignons; les tourbières du Jura ont ainsi été
remarquablement décrites par Favre (1948), et des travaux
sont actuellement en cours en Auvergne par Bouteville (1996).
Mais hors de ces deux grandes régions, les zones humides
n'ont fait l'objet que de petites études taxinomiques
dispersées. Quelques publications et travaux épars
(Garcin, Moreau etc.) ont montré que les tourbières
des Alpes du Nord, si elles présentaient des analogies
avec celles d'Auvergne et du Jura, possédaient des
spécificités ou des originalités qui les
apparentaient davantage aux zones humides du nord de l'Europe.
Toutefois, en dehors du lac Luitel, aucune tourbière de
l'Isère n'a été étudiée de
manière suivie et méthodique. Le projet repose
sur trois grandes orientations, complémentaires et
fondamentales pour comprendre la place et la valeur indicatrice
des champignons dans ces écosystèmes.
Première
orientation : étude taxinomique.
L'inventaire
des champignons dans les zones humides sélectionnées,
et leur détermination, est une base indispensable pour ce
travail et pour d'autres travaux mycologiques ultérieurs.
Les relevés des champignons tout au long de l'année,
en notant l'écologie, l'époque de poussée et
le mode de dispersion spatiale des carpophores, fournit pour
chaque zone étudiée un catalogue écologique,
qui, conduit sur trois ans, peut être considéré
comme représentatif du site. Les informations
recueillies sur les différents sites permettront d'établir
une liste d'espèces caractéristiques de ces sites,
et de proposer un guide de détermination simplifié
à l'usage des gestionnaires et des naturalistes non
mycologues.
Seconde orientation : étude
écologique.
La plupart des champignons des
tourbières sont influencés par le type de
végétation et l'hydromorphie du sol, et les
différentes unités écologiques
caractéristiques des zones humides présentent,
outre quelques espèces indifférentes, un certain
nombre d'autres espèces plus ou moins inféodées
au type de milieu (haut-marais, bas-marais, saussaie, roselière,
cariçaie, lande, etc.). Les spécificités de
chaque type de milieu sont recherchées à partir des
relevés effectués ainsi. Les caractéristiques
botaniques précises de chaque milieu rencontré sont
recherchées (travaux antérieurs) ou relevées
(inventaire botanique à effectuer parallèlement aux
relevés mycologiques). Les relations entre les champignons
et la végétation (sphaignes, autres mousses,
plantes ligneuses) sont étudiées pour expliquer
cette spécificité.
Troisième
orientation : étude comparative et synthétique
entre les sites.
Chaque site, caractérisé
par son inventaire mycologique, sera comparé aux autres
sites (analyses factorielles, etc.), afin de rechercher :
-
les analogies entre sites sur la base de l'inventaire, et
caractériser différents types de tourbières
selon le cortège fongique observé;
- les
analogies et les différences de cortège fongique
entre les différents milieux rencontrés (prairies,
saussaies, roselières, forêts, etc.), sur les
aspects qualitatif (liste d'espèces liées) et
quantitatif (indice de spécificité écologique
des espèces, diversité spécifique et indices
d'abondance).
Enjeux et thèmes de recherche.
- Comprendre la dynamique des populations de
champignons dans la vie de la tourbière. Chaque
tourbière possédant une histoire propre, et chaque
milieu correspondant à un type de colonisation de la
tourbière par la végétation dans le
processus naturel de comblement et d'assèchement de ces
milieux, la comparaison de la diversité et de la
spécificité de ces milieux par les champignons est
une donnée inédite pouvant permettre de déterminer
les modes de la succession des champignons au cours de la vie de
la tourbière.
- Etablir et tester des
indices écologiques adaptés aux champignons.
Depuis quelques années, les champignons font l'objet
de recherches originales de la part de l'Université de
Lille (Pr. Courtecuisse), axées sur l'utilisation des
champignons comme indicateurs biologiques de l'état
écologique ou sanitaire du milieu. La domination des
champignons décomposeurs, dans les forêts
vieilissantes ou déséquilibrées, a été
observée dans le cadre du programme RENECOFOR, et cette
idée peut sans doute être appliquée aux
milieux humides, sur lesquels aucune recherche de cet ordre n'a
encore été menée. La notion de valeur
patrimoniale, fondamentale pour la protection des milieux
humides, est établie jusqu'à présent d'une
manière empirique sur la base des végétaux
et des vertébrés supérieurs. Elle peut
certainement être enrichie par l'étude des
champignons; de telles études, menées sur des
milieux à la fois bien caractérisés,
comparables entre eux et constitués de mosaïques
d'éco-unités distinctes, peut permettre de poser
des bases solides qui pourront être reproduites sur
d'autres régions, et éventuellement dans d'autres
milieux.
- Préciser la notion de valeur
patrimoniale appliquée aux champignons.
L'évaluation
de la valeur patrimoniale d'un milieu par les champignons peut
être comprise comme une synthèse des informations
suivantes :
- le nombre d'espèces présentes
dans le milieu (biodiversité spécifique); - la
proportion d'espèces inféodées à
ce milieu; - la proportion d'espèces
préférentielles de ce milieu; - la
répartition des espèces dans le site, dans
la dition étudiée et les ditions voisines; - la
répartition des espèces à l'échelle
nationale (inventaire national) et internationale (inventaire
européen); - la rareté du milieu à
l'échelle nationale et européenne; - l'absence
d'espèces potentiellement présentes dans le
milieu, d'après comparaison d'autres sites analogues.
En
disposant d'un échantillonnage important de ces milieux,
on peut ainsi espérer établir deux informations
synthétiques importantes :
- une hiérarchisation
des sites en fonction de leur valeur patrimoniale mycologique (à
recouper avec l'intérêt floristique et faunistique
de ces milieux); - une comparaison de milieux correspondant à
divers stades d'évolution (ou de dégradation,
d'origine anthropique par exemple), dont l'étude
mycologique peut permettre de découvrir un
appauvrissement, un enrichissement ou une modification (réel
ou potentiel) en fonction du temps.
De ce dernier point,
on peut espérer pouvoir prédire la modification des
populations fongiques d'un milieu, la perte ou l'augmentation de
son intérêt mycologique, et éventuellement
une orientation de gestion du milieu approprié au maintien
d'une diversité fongique intéressante ou localement
exceptionnelle.
- Campagnes d'inventaire des sites.
Chaque site est visité au moins 1 fois par mois
(sauf périodes d'enneigement), davantage en période
d'abondance (septembre-octobre), en suivant plusieurs transects
définis préalablement. Le parcours est concentré
vers les zones les plus caractéristiques, les plus
diversifiés en espèces, ou vers les milieux mal
connus et peu visités par les mycologues (notamment
saussaies et phragmitaies). La localisation écologique et
l'abondance visuelle des carpophores dans le milieu et sur
l'ensemble du site sont notées à chaque visite.
Bien que la cueillette des carpophores n'hypothèque
pas la survie des espèces, les prélévements
de sporophores sont limités au minimum utile à la
détermination. Des clichés photographiques
(diapositives) sont pris pour chaque espèce intéressante
rencontrée.
- De novembre à avril, le
travail consistera à déterminer précisément
les espèces et à les décrire de manière
systématique, afin de compléter l'inventaire et de
constituer des bases taxinomiques pour les excursions et travaux
ultérieurs. Les descriptions d'éventuelles espèces
nouvelles et l'étude de groupes taxinomiques qui auront pu
être clarifiés à l'occasion de ces travaux
seront en partie publiées à l'issue de la thèse,
dans des revues mycologiques nationales ou internationales.
-
A l'issue des trois ans de recherche, le travail sera concrétisé
par un mémoire de thèse, comprenant la liste des
espèces pour chaque site et toutes les informations
relevées lors des visites, ainsi que les différents
aspects et thèmes résumés ci-dessus -
orientées en fonction des résultats et des
réflexions futures, qui tenteront de faire intervenir
l'écologie descriptive et dynamique des milieux, la
chorologie et le mode de vie des champignons, la caractérisation
des milieux par ceux-ci et l'établissement de comparaisons
patrimoniales des différents sites entre eux et avec
d'autres régions ou pays sur bibliographie.
La
soutenance publique de la thèse est estimée pour
fin 2002.
Liens : Champignons et
dynamique forestière en zone subalpine Une
espèce nouvellement reconnue toxique Pierre-Arthur
Moreau par lui-même Retour Retour
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